oralyia
Auteur
14/11/2024 à 04h00
Je crois que j'ai besoin de laisser une trace. Peu importe laquelle.
Je me sens complètement déchirée. J'ai l'impression que mon dos part dans un sens et arrache ma cage thoracique avec lui, explosant mes organes, explosant mon cœur et mes poumons dans son désir fou de sortir de ma propre peau.
J'ai envie de hurler et de pleurer, de m'en prendre à tout le monde et de pardonner à tout le monde en même temps. J'ai envie de respirer.
Il y a trois jours, Lundi 11 Novembre 2024, l'aîné de mes 4 chats, Baron Erytzalial (juste Baron pour tout le monde), tout juste 3 ans (né le 25 Septembre 2021, adopté le 28 Janvier 2022 à la SPA de Poitiers), a été placé en hospitalisation d'urgence suite à des crises d'épilepsie répétées.
Il a déclenché ses premiers symptômes il y a à peine une semaine, en bavant de la mousse et en secouant la tête pour s'en débarrasser. Trois jours plus tard, Samedi 9 Novembre à minuit, il a fait sa première crise. Il s'est mis à tourner violemment en rond en tambourinant des pattes tellement fort que j'ai cru, durant un instant, qu'il était en train de jouer de façon un peu brute avec une de ses copines, à se retourner sur le parquet l'un l'autre.
Il est tombé raid comme un domino sur le côté et a convulsé durant quelques secondes. Bien évidemment, c'était impressionnant, surtout quand on n'a jamais vu de crise avant. Mais j'ai gardé mon sang froid, j'ai appelé les urgences après trente bonnes minutes - le temps qu'il a mis à reprendre complètement conscience et à agir de nouveau totalement normalement.
On m'a dit que l'épilepsie pouvait survenir n'importe quand, et pour des causes variées, chez le chat. On a exclu d'emblée un empoisonnement, les crises de bavement ayant durée déjà plusieurs jours. On ne m'a pas donné de rendez-vous, en m'expliquant qu'on ne mourait pas d'une crise d'épilepsie, que ce n'était pas une urgence vitale.
Cinq heures après, il en a refait une. Puis dans l'après midi, puis à 20h du soir. J'ai décidé de rappeler les urgences, mais encore une fois, pas de rendez-vous, ce n'est pas une urgence vitale.
Je sais maintenant que si. Mon chat était en fait en mal épileptique, et ç'aurait dû être reconnu immédiatement. Un chat qui fait plusieurs crises dans une seule journée s'affaiblit énormément, ce n'est pas normal.
Le lendemain, Dimanche, les crises se sont enchaînées encore et encore. J'ai appelé de nouveau plusieurs fois les urgences, pour retomber sur la même régulatrice, qui une heure plus tôt m'avait dit "c'est pas une urgence" et qui, maintenant, me gueulait dessus en me demandant pourquoi j'avais """"attendu"""" qu'il fasse autant de crises pour appeler. J'avais envie de l'étriper. En même temps, elle me parlait d'empoisonnement, me disait que ça servait à rien les urgences là maintenant parce que le chat n'avait plus de symptômes... J'avais l'impression qu'elle était complètement bourrée. C'était peut-être le cas.
Finalement, à 19h30, j'ai réussi à obtenir un rendez-vous en urgence, après avoir insisté très longuement auprès de cette dame, qui a jugé bon de s'enfoncer jusqu'au bout en présentant la menace de "la facture élevée des urgences". Comme si j'en avais quelque chose à foutre.
Mon ami et moi avons conduit Baron jusqu'au vétérinaire de garde, une sorte de Père Noël alcoolique qui bat sa femme, mais en version super pro et vraiment compréhensif et à l'écoute. Il a aussitôt reconnu les signes de l'épilepsie chez Baron, et l'a mis sous traitement en nous renvoyant à la maison avec des instructions claires : un demi comprimé maintenant, un autre demi si crise, et si re-crise, vous revenez.
On était évidemment de retour à la clinique dès le lendemain matin, à 11h30. Le vétérinaire l'a examiné, et paraissait perplexe, puisque Baron ne montrait pas le moindre signe que quelque chose allait mal, ce qui ne collait pas avec ce nombre ahurissant de crises. Il a doublé la dose de médicament, en nous disant "s'il refait une crise, il sera hospitalisé". On rentre à la maison, on lui donne un comprimé en entier.
Une demi-heure plus tard, il entre en crise. Je suis auprès de lui pour m'assurer qu'il ne se cogne pas et soit en sécurité. La crise est violente, très longue. Il s'urine dessus, fait ses besoins, hurle. Au moment où elle semble s'apaiser, de nouveaux spasmes le prennent, et il refait une crise, sans temps de récupération.
J'appelle aussitôt les urgences. On est de retour à la clinique à 13h30. Baron ne s'est pas relevé. Il est resté couché sur le flanc, totalement épuisé, même dans sa caisse de transport. Quand le vétérinaire l'a vu à travers la grille, il a dit de ne pas ouvrir cette dernière, et a préféré ouvrir totalement le dessus de la caisse pour le laisser dedans. Il l'a examiné très rapidement. Pas de fièvre, rythme cardiaque "normal" pour un chat dans cet état, légère mydriase (pupilles dilatées) mais moins que la dernière fois... cependant, un épuisement extrème.
Il nous dit qu'il va l'endormir. "Il faut qu'il dorme, il faut qu'il récupère absolument. On va essayer de reboot le cerveau".
On rentre sans Baron, c'est difficile. On a compris, à ce stade là, que quelque chose de terrible se passait. Plus terrible que de la simple épilepsie idiopathique.
18h30, le vétérinaire m'appelle et me dit que Baron reprend doucement conscience. Il va le surveiller pour la nuit.
9h Mardi 12 Novembre 2024, appel du vétérinaire. Le chat a convulsé toute la nuit, ses crises continuent, le traitement est inefficace, toutes les tentatives pour stopper les crises aussi. Le vétérinaire est très inquiet et nous dit qu'il va le surveiller, qu'il soit possible que ce soit un toxique qui s'évacue (on en doutait grandemen), il veut le garder.
Je rappelle à 14h, puis à 18h, le chat ne va pas mieux. Le vétérinaire nous dit que Baron souffre énormément. On comprend le sous-entendu. C'est extrêmement dur, il nous dit de nous préparer à l'euthanasie après une autre nuit de surveillance.
Mercredi 13 Novembre 2024 à 8h45, le vétérinaire appelle ; Baron n'a fait qu'une seule crise, ces dernières semblent vouloir s'espacer dans le temps. Il me dit que ça semble être une bonne nouvelle, mais de la prendre avec des pincettes. Ne pas crier victoire de suite.
Je le rappelle à 14h. Une seule autre crise à 11h. Je reste prudente. Il me dit qu'il rappelle vers 18h30.
17h45, je décroche. Baron est en mal épileptique, les crises s'enchaînent, c'est reparti puissance 1000. C'est la fin. Rendez-vous ce Jeudi 14 Novembre à 10h pour lui dire adieu.
Il n'y a pas de "juste" ou d'"injuste" dans la vie et la mort, dans la maladie et la santé, tant que ce n'est pas causé par un être malveillant. Mais ça fait MAL. Il a TROIS ANS. Il a trois ans, et dans quelques heures, je vais devoir lui dire adieu.
PLUS JAMAIS DE MA VIE je ne prononcerai des phrases habituelles face à lui, comme "Oh je me tape la patte !", quand il reportait son envie de se battre sur lui-même en se tappant les pattes antérieures avec les pattes arrière. Plus jamais je ne hurlerai "MAIS CHUUUUUTEEEUUUUH" quand il sortira de sa litière en poussant des hurlements de fierté.
Je ne le reverrai plus, après aujourd'hui. Plus jamais. Je n'arrive pas à imaginer la maison sans lui. Il était la force calme de mes 4 chats, le seul mâle parmi trois femelles un peu plus jeunes. Il interrompait les bagarres, coursait celles qui faisaient des bêtises...
Plus jamais.
Ah... j'ai tellement mal à la poitrine. Tellement mal aux yeux. Je ne sais même pas comment je vais faire pour entrer dans cette clinique sans m'effondrer.
Mon ami, qui est le co-parent des chats, et dans le même état que moi. La résolution est là, l'acceptation aussi. Mais la douleur est tellement forte et déchirante... c'est la première fois que j'en ressens au point de vouloir laisser une trace publique.
On ne fera pas d'autopsie. Pas d'IRM ou de scanner qui vont nous révéler l'évidence et retarder le soulagement de Baron.
C'est bon, on sait à quoi c'est dû. Y'a pas des millions de trucs qui tuent si vite. Il a très probablement une tumeur au cerveau.
Ce chat... il est tellement particulier. Tous les chats le sont, pour leurs parents, mais lui... Je voudrais échanger ma vie contre la sienne.
J'ai tellement mal. J'ai envie que ça s'arrête. Je sais que ça ne s'arrêtera pas. Ça s'affadira lentement au fil du temps. Ha. J'ai envie de négocier, de gagner du temps. De remettre en question le "pourquoi maintenant ?" qui n'a pas de réponse, et donc, pas de question. De tout faire pour éviter l'inévitable.
C'est tellement dur. Quand on ne peut pas fuir. Quand on ne VEUT pas fuir. Quand on a sauvé une vie, que l'on souhaitais heureuse et longue, et qui s'achève si vite et si durement.
Je lui demanderai, avant que le vétérinaire ne l'endorme, s'il est d'accord pour que j'adopte de nouveau à la SPA. Je peux garder raisonnablement quatre chats, je veux continuer à garder quatre chats. Il ne s'agit pas de remplacer qui que ce soit, de combler un trou. Il s'agit d'être au max de ses capacités pour aider autrui. Et autrui, pour moi, ce sont les animaux, et notamment les chats.
Je pense que Baron serait heureux que je prenne un mâle, pour équilibrer un peu toutes ces femelles folles furieuses. C'est ce que je ferai. Je pense que je le ferai rapidement. On commence à arriver dans le froid, et si une âme peut être mise au chaud chez moi, le plus tôt sera le mieux.
Peut-être que si ce message est lu, certaines personnes seront choquées. Il est peu fréquent de voir une personne prête à ré-adopter alors qu'elle va perdre son protégé sous quelques heures. Certaines personnes mettent des mois, voire des années, avant de récupérer.
Mais ce n'est pas à propos de moi. Moi, je suis le toit, je suis la chaleur, je suis la nourriture, je suis les caresses et les jouets. Eux, ils sont tout, ils sont l'essentiel, Essentiels. Quel toit ferait se fermer une porte ?
Je ne suis pas encore assez endommagée pour ça. Je peux souffrir encore longtemps. Tant que je rends des animaux heureux, qu'est-ce que ça peut bien me foutre ?!
Mon Baron. Ton leg à mon monde, c'est ce vide que tu laisseras dans mon cœur à jamais, et cette place, cette chance que tu laisses à l'un des tiens pour vivre comme tu as vécu. C'est tellement plus beau de le voir ainsi. Tellement plus réconfortant. Tu as tant que cœur que tu as donné le tien pour un autre, que je n'ai même pas encore rencontré, que je n'ai même pas encore imaginé.
Tu me prends de court, fripon. Tu laisses une place, mais il faudra que je t'en trouve une tout de même, la plus jolie possible, pour te faire un temple. Peut-être que ce sera mieux de faire ça chez Papa ? Il va avoir de magnifiques étagères en Tek. En utiliser une en tant que temple serait pas mal, tu ne penses pas ? Bien sûr, chez moi aussi tu auras une place. Tu l'as toujours eu.
Mon chéri, mon bronbron... Je sais que ce sera très dur, tout à l'heure, et que mon cœur, qui se déchire déjà, me laissera exsangue, faible et fatiguée. Que mes poumons, si compressés, m'étoufferont à m'en laisser le souffle court. Ma gorge est déjà si serrée... je vois les heures défiler comme le minuteur d'une bombe qui sonnera le glas de tout ce qui est joie en moi.
Je ne peux pas te faire la promesse de ne pas pleurer quand je serai auprès de toi pour la dernière fois. Ce serait trop dur, trop cruel de ne serait-ce qu'essayer. J'espère que tu ne verras pas dans cette démonstration de détresse un reproche, mais bien l'amour si fort que je te porte depuis que tu es là, avec moi. J'espère que quand tu fermeras les yeux pour la toute dernière fois, tu le feras en conscience d'être entouré par les deux idiots qui sont tombés amoureux de toi, et que tu seras heureux d'avoir été choisi.
J'espère que tu as été heureux, Baron. Je le pense.
Je te dis adieu en avance, ici. Je te le dirai tout à l'heure, quand je serai auprès de toi. Je t'aime. Tu me manqueras pour toujours.


Je me sens complètement déchirée. J'ai l'impression que mon dos part dans un sens et arrache ma cage thoracique avec lui, explosant mes organes, explosant mon cœur et mes poumons dans son désir fou de sortir de ma propre peau.
J'ai envie de hurler et de pleurer, de m'en prendre à tout le monde et de pardonner à tout le monde en même temps. J'ai envie de respirer.
Il y a trois jours, Lundi 11 Novembre 2024, l'aîné de mes 4 chats, Baron Erytzalial (juste Baron pour tout le monde), tout juste 3 ans (né le 25 Septembre 2021, adopté le 28 Janvier 2022 à la SPA de Poitiers), a été placé en hospitalisation d'urgence suite à des crises d'épilepsie répétées.
Il a déclenché ses premiers symptômes il y a à peine une semaine, en bavant de la mousse et en secouant la tête pour s'en débarrasser. Trois jours plus tard, Samedi 9 Novembre à minuit, il a fait sa première crise. Il s'est mis à tourner violemment en rond en tambourinant des pattes tellement fort que j'ai cru, durant un instant, qu'il était en train de jouer de façon un peu brute avec une de ses copines, à se retourner sur le parquet l'un l'autre.
Il est tombé raid comme un domino sur le côté et a convulsé durant quelques secondes. Bien évidemment, c'était impressionnant, surtout quand on n'a jamais vu de crise avant. Mais j'ai gardé mon sang froid, j'ai appelé les urgences après trente bonnes minutes - le temps qu'il a mis à reprendre complètement conscience et à agir de nouveau totalement normalement.
On m'a dit que l'épilepsie pouvait survenir n'importe quand, et pour des causes variées, chez le chat. On a exclu d'emblée un empoisonnement, les crises de bavement ayant durée déjà plusieurs jours. On ne m'a pas donné de rendez-vous, en m'expliquant qu'on ne mourait pas d'une crise d'épilepsie, que ce n'était pas une urgence vitale.
Cinq heures après, il en a refait une. Puis dans l'après midi, puis à 20h du soir. J'ai décidé de rappeler les urgences, mais encore une fois, pas de rendez-vous, ce n'est pas une urgence vitale.
Je sais maintenant que si. Mon chat était en fait en mal épileptique, et ç'aurait dû être reconnu immédiatement. Un chat qui fait plusieurs crises dans une seule journée s'affaiblit énormément, ce n'est pas normal.
Le lendemain, Dimanche, les crises se sont enchaînées encore et encore. J'ai appelé de nouveau plusieurs fois les urgences, pour retomber sur la même régulatrice, qui une heure plus tôt m'avait dit "c'est pas une urgence" et qui, maintenant, me gueulait dessus en me demandant pourquoi j'avais """"attendu"""" qu'il fasse autant de crises pour appeler. J'avais envie de l'étriper. En même temps, elle me parlait d'empoisonnement, me disait que ça servait à rien les urgences là maintenant parce que le chat n'avait plus de symptômes... J'avais l'impression qu'elle était complètement bourrée. C'était peut-être le cas.
Finalement, à 19h30, j'ai réussi à obtenir un rendez-vous en urgence, après avoir insisté très longuement auprès de cette dame, qui a jugé bon de s'enfoncer jusqu'au bout en présentant la menace de "la facture élevée des urgences". Comme si j'en avais quelque chose à foutre.
Mon ami et moi avons conduit Baron jusqu'au vétérinaire de garde, une sorte de Père Noël alcoolique qui bat sa femme, mais en version super pro et vraiment compréhensif et à l'écoute. Il a aussitôt reconnu les signes de l'épilepsie chez Baron, et l'a mis sous traitement en nous renvoyant à la maison avec des instructions claires : un demi comprimé maintenant, un autre demi si crise, et si re-crise, vous revenez.
On était évidemment de retour à la clinique dès le lendemain matin, à 11h30. Le vétérinaire l'a examiné, et paraissait perplexe, puisque Baron ne montrait pas le moindre signe que quelque chose allait mal, ce qui ne collait pas avec ce nombre ahurissant de crises. Il a doublé la dose de médicament, en nous disant "s'il refait une crise, il sera hospitalisé". On rentre à la maison, on lui donne un comprimé en entier.
Une demi-heure plus tard, il entre en crise. Je suis auprès de lui pour m'assurer qu'il ne se cogne pas et soit en sécurité. La crise est violente, très longue. Il s'urine dessus, fait ses besoins, hurle. Au moment où elle semble s'apaiser, de nouveaux spasmes le prennent, et il refait une crise, sans temps de récupération.
J'appelle aussitôt les urgences. On est de retour à la clinique à 13h30. Baron ne s'est pas relevé. Il est resté couché sur le flanc, totalement épuisé, même dans sa caisse de transport. Quand le vétérinaire l'a vu à travers la grille, il a dit de ne pas ouvrir cette dernière, et a préféré ouvrir totalement le dessus de la caisse pour le laisser dedans. Il l'a examiné très rapidement. Pas de fièvre, rythme cardiaque "normal" pour un chat dans cet état, légère mydriase (pupilles dilatées) mais moins que la dernière fois... cependant, un épuisement extrème.
Il nous dit qu'il va l'endormir. "Il faut qu'il dorme, il faut qu'il récupère absolument. On va essayer de reboot le cerveau".
On rentre sans Baron, c'est difficile. On a compris, à ce stade là, que quelque chose de terrible se passait. Plus terrible que de la simple épilepsie idiopathique.
18h30, le vétérinaire m'appelle et me dit que Baron reprend doucement conscience. Il va le surveiller pour la nuit.
9h Mardi 12 Novembre 2024, appel du vétérinaire. Le chat a convulsé toute la nuit, ses crises continuent, le traitement est inefficace, toutes les tentatives pour stopper les crises aussi. Le vétérinaire est très inquiet et nous dit qu'il va le surveiller, qu'il soit possible que ce soit un toxique qui s'évacue (on en doutait grandemen), il veut le garder.
Je rappelle à 14h, puis à 18h, le chat ne va pas mieux. Le vétérinaire nous dit que Baron souffre énormément. On comprend le sous-entendu. C'est extrêmement dur, il nous dit de nous préparer à l'euthanasie après une autre nuit de surveillance.
Mercredi 13 Novembre 2024 à 8h45, le vétérinaire appelle ; Baron n'a fait qu'une seule crise, ces dernières semblent vouloir s'espacer dans le temps. Il me dit que ça semble être une bonne nouvelle, mais de la prendre avec des pincettes. Ne pas crier victoire de suite.
Je le rappelle à 14h. Une seule autre crise à 11h. Je reste prudente. Il me dit qu'il rappelle vers 18h30.
17h45, je décroche. Baron est en mal épileptique, les crises s'enchaînent, c'est reparti puissance 1000. C'est la fin. Rendez-vous ce Jeudi 14 Novembre à 10h pour lui dire adieu.
Il n'y a pas de "juste" ou d'"injuste" dans la vie et la mort, dans la maladie et la santé, tant que ce n'est pas causé par un être malveillant. Mais ça fait MAL. Il a TROIS ANS. Il a trois ans, et dans quelques heures, je vais devoir lui dire adieu.
PLUS JAMAIS DE MA VIE je ne prononcerai des phrases habituelles face à lui, comme "Oh je me tape la patte !", quand il reportait son envie de se battre sur lui-même en se tappant les pattes antérieures avec les pattes arrière. Plus jamais je ne hurlerai "MAIS CHUUUUUTEEEUUUUH" quand il sortira de sa litière en poussant des hurlements de fierté.
Je ne le reverrai plus, après aujourd'hui. Plus jamais. Je n'arrive pas à imaginer la maison sans lui. Il était la force calme de mes 4 chats, le seul mâle parmi trois femelles un peu plus jeunes. Il interrompait les bagarres, coursait celles qui faisaient des bêtises...
Plus jamais.
Ah... j'ai tellement mal à la poitrine. Tellement mal aux yeux. Je ne sais même pas comment je vais faire pour entrer dans cette clinique sans m'effondrer.
Mon ami, qui est le co-parent des chats, et dans le même état que moi. La résolution est là, l'acceptation aussi. Mais la douleur est tellement forte et déchirante... c'est la première fois que j'en ressens au point de vouloir laisser une trace publique.
On ne fera pas d'autopsie. Pas d'IRM ou de scanner qui vont nous révéler l'évidence et retarder le soulagement de Baron.
C'est bon, on sait à quoi c'est dû. Y'a pas des millions de trucs qui tuent si vite. Il a très probablement une tumeur au cerveau.
Ce chat... il est tellement particulier. Tous les chats le sont, pour leurs parents, mais lui... Je voudrais échanger ma vie contre la sienne.
J'ai tellement mal. J'ai envie que ça s'arrête. Je sais que ça ne s'arrêtera pas. Ça s'affadira lentement au fil du temps. Ha. J'ai envie de négocier, de gagner du temps. De remettre en question le "pourquoi maintenant ?" qui n'a pas de réponse, et donc, pas de question. De tout faire pour éviter l'inévitable.
C'est tellement dur. Quand on ne peut pas fuir. Quand on ne VEUT pas fuir. Quand on a sauvé une vie, que l'on souhaitais heureuse et longue, et qui s'achève si vite et si durement.
Je lui demanderai, avant que le vétérinaire ne l'endorme, s'il est d'accord pour que j'adopte de nouveau à la SPA. Je peux garder raisonnablement quatre chats, je veux continuer à garder quatre chats. Il ne s'agit pas de remplacer qui que ce soit, de combler un trou. Il s'agit d'être au max de ses capacités pour aider autrui. Et autrui, pour moi, ce sont les animaux, et notamment les chats.
Je pense que Baron serait heureux que je prenne un mâle, pour équilibrer un peu toutes ces femelles folles furieuses. C'est ce que je ferai. Je pense que je le ferai rapidement. On commence à arriver dans le froid, et si une âme peut être mise au chaud chez moi, le plus tôt sera le mieux.
Peut-être que si ce message est lu, certaines personnes seront choquées. Il est peu fréquent de voir une personne prête à ré-adopter alors qu'elle va perdre son protégé sous quelques heures. Certaines personnes mettent des mois, voire des années, avant de récupérer.
Mais ce n'est pas à propos de moi. Moi, je suis le toit, je suis la chaleur, je suis la nourriture, je suis les caresses et les jouets. Eux, ils sont tout, ils sont l'essentiel, Essentiels. Quel toit ferait se fermer une porte ?
Je ne suis pas encore assez endommagée pour ça. Je peux souffrir encore longtemps. Tant que je rends des animaux heureux, qu'est-ce que ça peut bien me foutre ?!
Mon Baron. Ton leg à mon monde, c'est ce vide que tu laisseras dans mon cœur à jamais, et cette place, cette chance que tu laisses à l'un des tiens pour vivre comme tu as vécu. C'est tellement plus beau de le voir ainsi. Tellement plus réconfortant. Tu as tant que cœur que tu as donné le tien pour un autre, que je n'ai même pas encore rencontré, que je n'ai même pas encore imaginé.
Tu me prends de court, fripon. Tu laisses une place, mais il faudra que je t'en trouve une tout de même, la plus jolie possible, pour te faire un temple. Peut-être que ce sera mieux de faire ça chez Papa ? Il va avoir de magnifiques étagères en Tek. En utiliser une en tant que temple serait pas mal, tu ne penses pas ? Bien sûr, chez moi aussi tu auras une place. Tu l'as toujours eu.
Mon chéri, mon bronbron... Je sais que ce sera très dur, tout à l'heure, et que mon cœur, qui se déchire déjà, me laissera exsangue, faible et fatiguée. Que mes poumons, si compressés, m'étoufferont à m'en laisser le souffle court. Ma gorge est déjà si serrée... je vois les heures défiler comme le minuteur d'une bombe qui sonnera le glas de tout ce qui est joie en moi.
Je ne peux pas te faire la promesse de ne pas pleurer quand je serai auprès de toi pour la dernière fois. Ce serait trop dur, trop cruel de ne serait-ce qu'essayer. J'espère que tu ne verras pas dans cette démonstration de détresse un reproche, mais bien l'amour si fort que je te porte depuis que tu es là, avec moi. J'espère que quand tu fermeras les yeux pour la toute dernière fois, tu le feras en conscience d'être entouré par les deux idiots qui sont tombés amoureux de toi, et que tu seras heureux d'avoir été choisi.
J'espère que tu as été heureux, Baron. Je le pense.
Je te dis adieu en avance, ici. Je te le dirai tout à l'heure, quand je serai auprès de toi. Je t'aime. Tu me manqueras pour toujours.

